On May 17, 1883, Emma Nevada made her Paris debut at the Opéra-Comique, singing the role of Zora in Félicien David's "La Perle du Brésil." Although Emma's debut was a success with the public, the reviewer of the staid Revue des Deux Mondes was more reserved, while recognizing the new singer's talents. In a long article about the composer Félicien David, the reviewer takes the opportunity to comment in the following extract on what he terms the American school of singing, characterized by a rather toneless, young voice. The American singer excels in the high registers, but lacks timbre except in pianissimo passages, and soon tires. The reviewer finds that Emma has a small, albeit sonorous voice, and that she acts out her role well. Pages 446 to 448 of the the French text are reproduced below.

En 1850, la Perle du Brésil fut présentée à M. Perrin, qui la reçut et ne la joua pas, ce qui le distingue une fois de plus de M. Carvalho, qui ne l'avait jamais reçue et la joue. Le temporisateur éternel et l'homme de toutes les initiatives, quelqu'un qui s'amuserait à rapprocher ces deux types de directeurs trouverait peut-être dans cette idée le sujet d'une glose digne de former le pendant du chapitre sur l'art spagirique de la mise en scène. M. Carvalho, lui, ne sommeille pas; sa troupe ressemble aux remparts de Bossuet qui réparent leurs brèches.

La porte du théâtre ne s'est pas encore refermée sur Mlle Isaac, que déjà sort d'une trappe Mlle Nevada, un vrai démon de féerie; étrange, singulier, fulgurant et même inquiétant pour la diversité de ses qualités et de ses imperfections. Demain, peut-être, ce sera du génie; en attendant, c'est du phosphore, et le public extasié la porte aux nues. Nous l'entendrons bientôt dans Mignon, qu'elle étudie en ce moment, avec M. Thomas, mais à n'en juger que d'après la Perle du Brésil, l'organisation est merveilleuse: aptitude vocale, foyer d'inspiration, plasticité instinctive du geste et du mouvement: une Malibran in nuce, pourvu que tout cela se fonde, s'harmonise, et qu'un tantinet de prononciation française lui soit communiqué par cette atmosphère élogieuse et glorieuse où déjà elle nage!

Mlle Nevada nous arrive du nouveau monde par l'Italie; ainsi la vieille Europe musicale aura désormais son école de chant américaine. Comptons un peu: la Patti d'abord, puis l'Albani, Marie Van Zandt et miss Nevada. Il est vrai que jusqu'ici nous n'avons eu que le côté des femmes; espérons qu'il nous sera fait grâce des ténors et des barytons. Tant de petits défauts peuvent ne point trop déplaire chez une très jeune personne, qui deviendraient insupportables chez un homme: de ce nombre, l'accent, dont Mlles Van Zandt et Nevada usent chacune à leur manière et, le dirai-je? non sans charme. Je prends comme exemples ces quatre mots de la légende de Lakmé «dans les grands mimosas.» Il semble que, par la profusion de ses accens circonflexes, Mlle Van Zandt en double l'expression, ou plutôt qu'elle donne à cette expression je ne sais quoi de vague et d'exotique qui sied à la fantaisie du tableau.

Le talent de Mlle Van Zandt se compose ainsi de mille riens que le public s'amuse à mettre en valeur et dont on fera bien de profiter pendant qu'ils réussissent. Chez Mlle Nevada, l'art tient plus de place; elle sait chanter, la voix est petite, mais sonore et bien posée, et, sur le chapitre des difficultés, les collectionneurs de points d'orgue peuvent accourir; elle a dans sa chanson «du Mysoli» un trille sur l'ut et le suraigus suivis d'un contre-mi qui réduirait au silence les fameuses notes piquées de Mlle Van Zandt dans Lakmé, si le public continuait d'encourager ces deux pinsons à s'entre-égosiller dans un duel à mort. Sans vouloir jouer le moins du monde le rôle barbare des parieurs hollandais, ni provoquer aucune ombre de rivalité entre ces deux voix, on aimerait à les étudier dans leurs affinités et surtout dans certains traits particuliers aux cantatrices américaines; voix blanches, voix d'enfant, d'une fraîcheur exceptionnelle, mais qui, à la première fatigue, montrent la corde. Tout leur capital est placé sur les notes hautes, et leur medium n'a de timbre que dans les pianissimo. Là, par exemple, le son devient exquis, mais presque toujours l'ampleur manque; déjà très faciles à saisir chez la Patti et l'Albani, ces qualités et ces défauts nous apparaissent comme signes de race chez les deux charmantes jumelles de l'Opéra-Comique; le calme, le dessin, l'autorité, bref, le style est ce qui leur manque. Mlle Van Zandt ne chante pas; Mlle Nevada, je le répète, sait chanter, mais elle chante avec sentiment, avec effet plus qu'avec style; on dirait que sa voix, dès qu'elle aborde un andante, perd cette aisance dont elle vous donne l'impression en jonglant avec les difficultés. Il faut l'entendre dans ses couplets du Mysoli enlever sa cadence finale; c'est prestigieux. Mais que d'épisodes interessans contient, en outre cette partition: le duo entre Cora et Lorentz, la ballade du grand Esprit des bois, l'hymne guerrier, l'entr'acte-symphonie qui précède le troisième acte!

—F. de Lagenevais

"Revue Musicale," Revue des Deux Mondes 58 (July 15, 1883): 440-52.

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